Quand un conseil d’usine rencontre les conseils communaux
Ecrit par Erik Demeester   
14-05-2007

Quand un conseil d'usine rencontre les conseils communaux

Par Erik Demeester, Caracas    Lundi 30 avril 2007
 
Les travailleurs d'Inveval sont des pionniers. Après une longue et difficile lutte, ils sont parvenus à la nationalisation sous contrôle ouvrier de leur usine située sur les magnifiques hauteurs de la Cordillère longeant la mer des Caraïbes. Ils ont démontrés la capacité des travailleurs à gérer une usine eux même, coupant ainsi l'herbe sous le pied à la vielle hiérarchie et à la division du travail capitaliste, mais ils sont également pionniers dans l'intégration de différentes misiones au sein de leur « appareil de production ». De nombreux dirigeants ouviers de l'entreprise prennent également activement part à la nouvelle réserve militaire. Ils participent à l'UNEFA, l'université de Forces Armées grâce à laquelle ils accèdent à une formation militaire.


Par ailleurs le ministre de l'économie légère et du commerce (Milco) les à inviter à jouer un rôle majeur dans les sessions de formations politiques au socialisme tenues au sein d'autres entreprises industrielles publiques. Ceci constitue une partie de cinq moteurs Moral y Luces (Moral et Lumière) proposés par le président Hugo Chavez au début de l'année. Ce « motor » a pour objectif d'organiser des débats et des formations politiques sur le socialisme à raison de deux ou trois heures par semaine durant les heures de travail à travers tout le pays.
 
En outre les travailleurs d'Inveval ont été innovants. Ils ont pris l'initiative de rencontrer les conseils communaux de leur communauté il y a deux semaines. Leur conseil d'usine, responsable du fonctionnement de l'usine au quotidien, s'est chargé d'inviter les représentants des conseils communaux pour une réunion. Les conseils communaux sont également des entités situées dans la communauté locale -groupe de 200 à 400 familles en ville- et élus démocratiquement. Leur but est d'établir un inventaire des besoins locaux en infrastructure, etc. Après approbation par l'état, l'argent nécessaire est alloué afin que les travaux soient effectués sous le contrôle des conseils communaux. 16 000 de ces conseils ont déjà été établis au Venezuela. Ils tendent à se créer en opposition aux structures locales existantes de l'état capitaliste qui prévalent encore. L'objectif est de former 30 000 conseils communaux couvrant la totalité du territoire national. Bien que ces anciennes structures d'état soient contrôlées par des dirigeants, des maires, des gouverneurs ou des conseillers chavistes; leur nature reste inchangée. Elles sont toujours  opaques, corrompues, bureaucratiques et le népotisme y est assez répandu. Elles répondent généralement bien plus aux intérêts capitalistes qu'aux besoins des classes populaires.


Le vice-président vénézuélien Jorge Rodriguez a déclaré récemment  que « Le peuple n'est aujourd'hui plus le même. Le peuple doit s'organiser. Il ne doit pas attendre que les maires, les gouverneurs ou les ministres lui dise ce qu'il a à faire. A l'inverse, le peuple se doit de leur dire quoi faire ». Hugo Chavez n'a pas appelé à l' « explosion du pouvoir communal » par hasard. Il est tout à fait conscient du poids, toujours aussi important, de ces appareils de l'état bourgeois qu'il a appelé à démanteler. Les conseils communaux peuvent constituer les fondations de nouvelles structures étatiques révolutionnaires, démocratiques et contrôlées par les masses populaires. Ils pourraient, en s'alliant avec les conseils d'usines tels que ceux d'Inveval ou de Sanitarios Maracay, devenir une version vénézuélienne moderne des «Soviets», typiques des premières années de la révolution russe. 


Néanmoins la route sera longue. Selon des journalistes de la nouvelle chaîne de télévision publique Vive TV qui a réalisé de nombreux documentaires sur les « consejos communales », près de la moitié de conseils seraient inactifs pour le moment. Ceci pourrait évoluer lorsque la lutte pour la mise en œuvre de grands travaux d'infrastructure reprendra dans les quartiers au cours des mois qui viennent. Le manque d'expérience et de leadership politique au sein de nombreux conseils est un autre aspect à prendre en compte. Il faut également ajouter les difficultés structurelles à établir des conseils stables et démocratiques, basés sur les communautés locales. Ces communautés pauvres sont principalement composées de mères de famille très occupées, de jeunes ou de travailleurs du secteur informel. Contrairement aux travailleurs des usines, ce semi-prolétariat manque généralement de cohésion, de discipline, d'horaires de travail communs ainsi que d'une conscience collective... C'est précisément à ce niveau que l'intervention de travailleurs organisés devient cruciale. C'est un ingrédient vital.


L'initiative est venue du conseil d'usine d'Inveval qui a souhaité rencontrer les conseils communaux de Los Teques, une ville ouvrière importante de la banlieue de Caracas. Des représentants de quatre conseils ont participé à la première réunion.


Une crise sanitaire se prépare dans cette ville en raison d'un système défaillant de collecte d'ordures ménagères. Le problème s'est accentué au cours des 6 à 7 derniers mois. La décision de sous-traiter la collecte des déchets à une entreprise privée, prise en 2003 par le maire chaviste de droite Raul Salmeron,  peut être considérée comme la cause principale de ce problème. Cette entreprise (Ingeniería Lirka) n'a absolument aucune expérience dans ce type d'activité. Elle est la propriété de la branche la plus réactionnaire de l'opposition de droite. Dans la semaine précédent la réunion, les habitants du quartier ont tenté d'agir face à la situation catastrophique due à l'absence de collecte de déchets durant plusieurs semaines. La route principale reliant Los Teques à la capitale a été coupée pendant près d'une heure par des familles en colère. Certains quartiers de la ville ont été recouverts de suie et de poussière provenant des ordures brûlées de manière récurrente par cette entreprise. Les personnels soignant de la ville ont constaté un nombre croissant d'enfants se plaignant de problèmes respiratoires ou d'autres maladies liées à cette situation. De nombreux quartiers ont été envahis par une odeur pestilentielle. Le maire annonce chaque semaine la rupture du contrat avec cette entreprise mais en réalité rien ne change.


Les camarades d'Inveval ont expliqué que ce problème est du aux structures de l'état bourgeois qui à ce niveau, est représenté par le gouvernement local et par le maire. Cette structure est tout à fait inappropriée à la réalisation de tâches devant mener à la construction d'un état socialiste. Les ouvriers ont expliqué que Chavez lui-même comprend la difficulté de la tâche. C'est pourquoi il a lancé les cinq moteurs pour cette nouvelle étape de la révolution. Le cinquième moteur appelé « explosion du pouvoir communal » est particulièrement pertinent dans ce cas. Suite à la proposition du président, les travailleurs des usines sous contrôle ouvrier ont défendu l'idée d'une assemblée locale réunissant des représentants des conseils communaux et des conseils d'usine. Le but de cette assemblée serait de remplacer les conseils municipaux qui ne fonctionnent absolument pas.


Cette proposition a été accueillie très favorablement par les membres actuels des conseils communaux. Un comité composé de représentants des conseils ouvrier d'Inveval et des conseils communaux du quartier a été formé à la fin de la réunion. Ils ont également pris la décision de contacter les travailleurs de l'entreprise de collecte de déchets afin de les inviter à créer leur propre conseil d'usine. Ces travailleurs sont très mécontents en raison du fait que la direction leur doit de nombreux mois de salaires ainsi que les paiements de leur sécurité sociale. L'un des objectifs stratégiques est de parvenir à instaurer le contrôle ouvrier dans cette entreprise afin que la collecte des déchets soit organisée et menée par les travailleurs et donc par la communauté elle-même.


Les travailleurs d'Inveval invitent leurs collègues au sein d'autre entreprises occupées ou expropriées à suivre leur exemple. Ceci devrait permettre la convergence des conseils communaux et d'usine afin d'arriver à la destruction des anciens appareils de l'état capitaliste dans le but de faire du Venezuela un état ouvrier démocratique.